Latin: 5/20, Coopération: 20/20
Le 31/08/2007 | par , dans « famille / enfants »
En NRW les écoles doivent désormais évaluer le comportement social de leurs élèves
Le premier prototype de l’enfant modèle du gouvernement du land NRW est dans les bacs : il est très performant, fiable, consciencieux, indépendant, prêt à assumer des responsabilités, équilibré et médiateur dans des conflits, engagé aussi hors de l’école et surtout très coopératif et cela au mieux jusqu’au bac. Ce que cela veut dire au juste, personne ne le sait exactement.
Avec la réintroduction des notes de comportement dans toutes les classes, le gouvernement du Rhénanie du Nord Westphalie a bien déclenché une controverse. Comment éduquer en 2007 ? Comment accorder les récentes données de la science avec les réalités sociales de plus en plus dures aussi à l’école ?
La plupart des parents, des employeurs et des professeurs qui se sont prononcés pour l’introduction des notes évaluant les compétences sociales et le comportement au travail estiment que les notes vont donner une chance professionnelle aux enfants qui ont un niveau scolaire faible revalorisant ainsi les « vertus secondaires » comme la ponctualité, la politesse ou l’engagement personnel si important dans le monde du travail. Et certainement, ces données aideront à retracer une image beaucoup plus arrondie de la personnalité de l’enfant. Là où l’évaluation dans les matières classiques ne peut que décrire des performances très spécialisées, les notes de comportement sont censées mettre à l’évidence des compétences générales, peut-être même des qualités propres à l’enfant.
Mais qu’entend on par « coopération », par « engagement personnel » ? Où le comportement normal finit-il ? Est-ce que c’est l’obéissance totale au prof, l’observation aveugle des instructions ou y a-t-il une certaine marge de tolérance qu’on accorde à l’enfant ? Et comment donc appliquer une échelle mesurant l’écart entre l’enfant réel et l’enfant modèle si ce n’est pas en réduisant les faces multidimensionnelles et complexes de la personne à quelques traits généraux ? On est bien d’accord que l’école est plus qu’une institution qui veut véhiculer du savoir brut, que c’est avec un peu d’idéalisme certes aussi une institution qui veut former l’homme, l’âme humaine. Elle veut transmettre des valeurs, préparer l’enfant à la vie, c’est-à-dire lui enseigner de se tenir à certaines normes nécessaires pour s’intégrer harmonieusement dans la société. L’éducation, c’est essayer de donner à l’enfant des libertés pour s’épanouir, pour développer une personnalité propre et se socialiser, mais aussi lui enseigner les limites. Néanmoins, pour satisfaire ces exigences il faut ménager un espace de liberté.
Introduire des notes pour juger le comportement, c’est priver l’enfant de la possibilité de faire l’expérience de ses limites de façon ludique, sans pression. Devenir un adulte c’est difficile et douloureux, évaluer l’intériorisation d’un comportement standardisé équivaut à nier des périodes de crise, les stigmatiser et ne pas prendre en compte l’environnement social de l’enfant. Certes, il faut préparer l’enfant pour la vie professionnelle, mais est-ce qu’on doit lui dérober le temps de se trouver ? On sait bien qu’un comportement agressif et rebelle résulte souvent d’un manque de perspective ou de confiance en soi. Il ne suffit donc pas se restreindre à dénoncer. L’enfant ne doit pas être puni doublement en le privant d’une seconde chance. Chaque enfant progresse à sa propre vitesse, c’est cela qu’on commence à appliquer au niveau de la didactique, pourquoi donc le nier pour l’apprentissage du comportement social ?
Il y a surtout une qualité qui n’est pas prise en compte dans cette évaluation : c’est la fermeté du caractère qui ne se laisse pas disloquer et qui ne se prostitue pas pour un système quelconque. Si on commence par apprendre à l’enfant que la politesse et l’engagement servent à une fin et qu’ils ne sont pas gratuits, on favorise l’hypocrisie et on tue toute tendance naturelle vers l’autre. Un écho du professeur est sûrement important et nécessaire pour les parents et l’enfant lui-même. Mais on préférait une expertise individuelle, descriptive et surtout privée sur le comportement de l’enfant. L’école devrait encourager le meilleur de chaque enfant peu importe qu’il soit sociable ou qu’il préfère être seul, qu’il soit obéissant ou qu’il aime la contradiction.
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