Les rapports franco-allemands: symbole d'une Europe de l’échange.
Le 27/01/2008 | par , dans « actualités / presse »
Alors que s’est achevée en juin 2007 la présidence allemande du Conseil de l’Union européenne, dont les buts principaux concernaient, entre autres, l’amélioration de la recherche en matière de sécurité, l’emploi et la croissance, l’éducation, le développement d’un meilleur équilibre entre les mesures nationales et européennes, le bilan est plutôt positif. Le premier ministre français François Fillon a déclaré qu’elle aurait « débloqué la crise institutionnelle européenne (…), [fait] très important pour l’Europe (…) [et] pour la France ».
Ainsi, la devise que proposait le traité constitutionnel européen, « Unis dans la diversité », est on ne peut plus en vigueur aujourd’hui, quant aux valeurs idéalistes d’intégrité, de libre adhésion et de participation du citoyen à la vie politique européenne. Même si l’Allemagne a dit oui à la Constitution et que la France a dit non, les deux pays restent liés par leur appartenance à l’Europe. La chancelière Angela Merkel a, depuis janvier 2007, insisté sur la relance de l’Europe, le président français Nicolas Sarkozy en a fait un de ses objectifs prioritaires.

Cette appartenance s’exprime aussi par exemple par le partage des mêmes menaces terroristes pesant sur la sécurité politique, économique et du citoyen, ainsi que des informations relatives à la protection de chaque territoire national. Les deux voisins se voient donc amenés, ainsi que d’autres pays après les attentats de Madrid et de Londres.
Lors du conseil des ministres franco-allemand le 12 novembre à Berlin, la chancelière Angela Merkel et le président de la république Nicolas Sarkozy ont tous les deux plaidé, au sujet de l’immigration, en faveur de l’intégration sociale, mais à condition d’efforts de part et d’autre de l’individu en terre d’accueil et du pays d’accueil. Nicolas Sarkozy a insisté sur l’importance de la maîtrise des flux migratoires, tout en soulignant que les frontières restaient ouvertes. Ce contrôle de l’immigration, renforcé depuis les attentats de septembre 2001, est, pour certains, parfois signe de protectionnisme. En effet, la lutte contre le terrorisme, entraînant des contrôles stricts aux frontières externes de l’Europe, amène à penser qu’une “forteresse” se construit autour de celles-ci.
Le problème sous-jacent demeure celui de la concurrence entre l’Europe et la Chine, même si, comme l’a déclaré le Commissaire au Commerce en 2005 « La Chine et l’Europe ne sont pas en guerre et ne seront pas en guerre ». Une concurrence pourtant jugée « agressive » par la Commission européenne en 2006. C’est toutefois dans un but de sécurité commune et dans l’idée d’un consensus de paix qu’évolue par définition la mise en place de plans de sécurité. L’Allemagne et la France poursuivent aujourd’hui des relations étroites et on parle également de celles-ci comme de moteurs de la construction européenne. En 1963 tout d’abord, lors de la première déclaration commune franco-allemande mais aussi en 2003 lors de la seconde déclaration à l’occasion du quarantième anniversaire de l’Elysée.
Mais il existe malheureusement quelques grésillements qui, d’un côté comme de l’autre, montrent qu’il reste des progrès à faire. Nicolas Sarkozy a eu, en juillet 2007, une altercation avec le ministre des finances allemandes. Le président se serait montré irrité. Il aurait, de plus, émis des propos au sujet de l’histoire de l’Allemagne. Il a par conséquent été taxé de « germanophobe ». Cela n’est pas pour encourager une bonne entente.
De son côté, l’Allemagne critique fortement le choix de la France pour l’énergie nucléaire et, surtout, outre Rhin, plusieurs cas de rapts d’enfants par leurs parents ont choqué la presse. Ceci est dû au fait que la Convention de La Haye permet encore l’application de lois datant des années trente, jugées caduques et injustes par et pour les parents qui en sont victimes. Il s’agit notamment d’un article qui favorise le parent vivant sur le sol allemand. Le pays a donc été pointé du doigt au sein de l’Union pour le caractère nationaliste de ces lois. Il est en effet de plus en plus de rigueur, pour la croissance économique, mais aussi avec le partage des informations lié à la menace terroriste (grâce à Europol et Eurojust par exemple), la lutte contre la criminalité transfrontalière, de faire preuve de coopération. Une coopération aujourd’hui essentielle, malgré les systèmes juridiques différents de chaque membre.
Ces problèmes touchent également au respect des Droits de l’Homme, car si ces lois ont pour but de protéger les citoyens et les territoires, elles peuvent être une entrave à la liberté de chacun. Ainsi, l’accord relatif sur le système d’échange d’informations sur les visas entre les Etats membres (VIS), constituant essentiellement un instrument de soutien à la politique commune de l’Union européenne en matière de visas et permettant que les données qu’il contient soient utilisées par les autorités policières et répressives, peut entraîner un dilemme entre sécurité et liberté. La question est de déterminer jusqu’où peut aller le pouvoir judiciaire et quelle est l’étendue du pouvoir communautaire sur le pouvoir national. Pour citer un exemple, la réforme de l’accès au séjour pour soins énoncé par le président français en 2004 avait déjà une consonance anti-communautaire, cette réforme allant à l’encontre de la politique d’asile européenne.
Cependant, Nicolas Sarkozy avait apporté un soutien important à Angela Merkel, qui présidait le conseil, lors du sommet de Bruxelles en 2005. L’ambassadeur d’Allemagne en France, Peter Ammon, juge les relations franco-allemandes « excellentes » et insiste sur le terme de « refondation ». De plus, il constate les progrès faits dans le domaine de la culture, les deux pays ayant un intérêt croissant pour celle de l’un et de l’autre, mais également une avancée dans le domaine économique, en parlant de « double identité franco-allemande ». Il montre ainsi la nécessité d’approfondissement et d’élargissement de la base de cette relation et souligne le caractère essentiel d’une réflexion sur le rôle de la France et de l’Allemagne dans le monde.
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