Les sans-abris dans les grandes villes d'Allemagne
Le 26/02/2008 | par , dans « actualités / presse »

Partout dans les grandes villes d’Allemagne vivent des gens sans toit. La ville où l’on compte le plus de sans-abris est Berlin, ils sont 7000 selon le chiffre officiel et seraient 3000 de plus selon les sources officieuses. On les appelle plus communément les Wohnungslos, les sans-domiciles, l’équivalent des SDF en France. Il s’agit, selon la définition des Städtetage (l’association des grandes villes allemandes) donnée en 1987, de quelqu’un qui ne dispose pas d’un lieu propre et contractuel d’habitation. Le terme est plus général que celui de « sans-abris ».
Il existe de nombreux lieux pour aider les personnes défavorisées, également les chômeurs par exemple. Ils ne sont pas suffisants pour éviter que des gens se retrouvent sans toit, mais au moins apportent-ils une assistance, ils offrent de la nourriture, un point de rencontre et aussi, un peu d’espoir. Ainsi fonctionnent le Warme Otto, une initiative d’abbés catholiques, Die Berliner Taffel, de l’initiative privée de Sabine Werth, une idée qui lui a été inspirée par New York. De même, Die Tafel, ou “un lieu entre pauvreté et abondance”, décrit comme “le plus grand mouvement social des années 90” par le journal Stern. A peu près un quart des sans-domiciles en Allemagne sont des femmes, et elles se sentent le plus souvent en danger par rapport à la domination des hommes. La violence masculine est aussi fréquemment à l’origine de leur vie dans la rue. Pour cette raison, un endroit pour passer la nuit a été créé, également à Berlin, le Notübernachtung für Frauen. Bien d’autres lieux d’aide et de refuge existent encore, il serait difficile de tous les nommer.
Un projet culturel a aussi vu le jour Unter Druck-Kultur von der Strasse, un lieu régi par un sans-domicile. Issu d’un projet théâtral, il en a résulté un lieu de rencontres où discuter, se laver, faire part à des groupes de création artistique, etc. Même une doctoresse, Jenny de la Torre, apporte une aide sanitaire aux sans-domiciles mais aussi la police. Des organisations allemandes, comme la Bundesarbeitsgemeinschaft Wohnungslosenhilfe et européennes, comme la European Federation of National Organisation working with the Homeless ou les Europäische Foodbanks existent pour s’unir contre le fléau de l’absence de domicile.
Ce problème est un cercle vicieux, car une fois dans la rue, les chances sont maigres de retrouver un travail, et les risques d’alcoolisme, de repli sur soi et d’engrenage de la violence, sont grands. Ainsi, une étude hambourgeoise datant de 2002 a démontré que les personnes se retrouvant à la rue n’ont de possibilités de s’en sortir que dans les six premiers mois suivant leur situation. De plus, certaines personnes refusent parfois de donner de l’argent à un sans-domicile, car elles pensent qu’ils iront de cette façon consommer de l’alcool. Ou alors, d’autres pensent qu’ils ne sont que des « fainéants » qui ne veulent pas travailler. Les substantifs sont nombreux, pour nommer certains d’entre eux : « Vagabunden » (vagabonds), « Penner » (clochards), « Bettler » (mendiants), « Obdachlose Bettler », « unstete Psychopathen » (psychopathes désaxés), « Arbeitsscheue Nichtsschafte » (nomade paresseux).
Les sans-domiciles se trouvent souvent dans les environs des gares, des centres commerciaux, des parcs, des places, et des lieux publics en général. Il n’existe pas de droit fondamental en Allemagne pour endiguer ce grand problème, une raison étant que les sans-domiciles pourraient alors porter plainte contre la République fédérale d’Allemagne. L’Allemagne est un pays riche, mais elle possède un grand fossé entre les riches et les pauvres, un fossé qui s’agrandit. Elle compte également cinq millions de chômeurs. Le chômage est la cause de la perte des logements, parmi d’autres, comme les dettes, les divorces, les problèmes psychiques. Les hébergements sociaux municipaux (ou publics) ont été créés pour la pure et simple raison que les citoyens en « vagabondage » constituent un risque pour la société. Ainsi, chaque Land possède une législation propre pour chaque autorité et il s’agit souvent de cohabitation contrainte, dans des abris où les sans-domiciles sont placés à plusieurs dans des chambres, sans droits égaux à ceux que peuvent avoir des locataires ; on parle alors plutôt d’ « abri de masse ». Et l’on a affaire le plus souvent à une stratégie mise en place pour éviter que les sans-domiciles ne dorment dehors.
Cependant, une aide de l’Etat peut leur être accordée, à conditions qu’ils décrivent en détails leur situation et leur histoire, ce que beaucoup craignent de faire. L’intégration sociale dans un quartier est rarement possible, même les possibilités de travail dans les centres d’accueil pour sans-abris ne sont pas très développées ; les sans-domiciles se tournent alors de nouveau vers l’aide sociale. La marginalisation et l’expulsion par voie de recours sont des phénomènes qui ont pris de l’ampleur ces dernières années. La vérité est flagrante : les sans-domiciles sont indésirables car ils ternissent l’image d’une ville. Des statuts sont donc mis en place pour éviter qu’ils ne restent dans les lieux publics et touristiques, comme l’interdiction de consommer de l’alcool en public par exemple. L’augmentation de la privatisation de nombreux lieux publics permet aussi de sanctionner la mendicité et la consommation d’alcool. Mais cela ne change rien à leur état, ils restent à la rue, mais seulement on ne les voit plus. Ils se déplacent vers les points excentrés des villes, là où les problèmes sociaux sont (déjà) les plus importants. Les sans-domiciles sont également victimes d’actes de violence. En effet, entre 1989 et 2005 sont décédés pour cette raison au moins 143 personnes.
Ce rejet des sans-domiciles s’inscrit aussi dans un contexte actuel difficile, dans lequel de nombreux problèmes et peurs (la mondialisation, le processus d’intégration européen, la menace terroriste, la transformation démographique de la société, la peur de s’appauvrir, la peur de la disparition d’un consensus social, etc) mettent les gens et les institutions sur la défensive et n’arrêtent, au contraire empêchent pas les préjugés contre les sans-domiciles, celui aussi qu’ils sont coupables de leur propre situation. La peur d’être eux-mêmes à l’avenir rejetés par la société empêche la plupart des citoyens allemands d’accepter et d’aider les sans-domiciles. Leurs chances de retrouver un logement et un travail sont donc dans le domaine, pourrait-on dire, du chimérique. Alors il ne reste que l’espoir et la compréhension, des passants, des citoyens, des associations et des organisations citées plus haut, pour endiguer ce fléau à une époque dure à vivre pour tous, à échelles différentes.
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