L’architecture de la Königsallee de Düsseldorf: Entre histoire et avenir

Le 27/01/2008 |  par Elsa,  dans « tourisme »

Düsseldorf, ville détruite à environ 85% durant la guerre, a été, en 60 ans, reconstruite de façon phénoménale. Lors d’une ballade dans la ville, le visiteur découvre le charme, une fois, ou bien encore et encore, d’une ville faite d’un mélange d’ancien et de moderne, au paysage historique ou futuriste ; une architecture toujours élégante.

Les parties les plus connues et emblématiques de la ville sont la Königsallee et la vieille ville. Une des plus modernes et plus fameuses est le « Medienhafen » (port médiatique), conçu par l’architecte Frank Gehry et d’autres constructions récentes comme les bureaux de la tour NZS Seestern par BDA, le siège de la tour « Arag » de RKW (Rhode, Kellermann, Wawrowsky) culminant à 125 mètres de hauteur, la tour de la LVA (Caisse nationale d’assurances retraite) avec 123 mètres de hauteur, à Rath Platz., les bureaux de la tour Stadttor, construits par Ingenhoven, Overdiek / Petzinka, Pink. Et pour finir, bien que la liste ne soit pas exhaustive, la Rheinturm ou la tour de la télévision et de radio, construite entre 1979 et 1982, haute de 240,5 mètres, offrant une vie panoramique sur la ville et ses environs dont l’architecte est le professeur Harald Deilmann.

La Königsallee (Avenue du roi), dite la « Kö », située dans le centre de Düsseldorf, s’appelait auparavant Kastanienallee (Avenue de la châtaigne), car l’avenue était bordée de châtaigniers. Elle avait été nommée également Neue Allee, ou bien encore Mittelallee. Mais pendant l’occupation prussienne, le roi de Prusse, se promenant en carrosse, y fut ciblé avec des crottins de cheval par des citoyens lors de « l’attentat de crottin de cheval » (das Pferdeäpfel Attentat) ( !) de 1848. Pour apaiser le scandale, les représentants de la ville la renommèrent, en 1851, Königsallee…

Grâce au traité de Lunéville (1801), la Kö, construite par l’architecte de la cour /l’ingénieur du bâtiment Caspar Anton Huschberger , le paysagiste Maximilian Friedrich Weyhe et le Wasserbaumeister Wilhelm Gottlieb Bauer en 1804, devint célèbre Mais avant d’être centrale, elle resta à la périphérie de la ville. Elle abrite aujourd’hui des boutiques de luxe de haute renommée internationale. Les commerçants installés auparavant furent obligés de la fuir, compte tenu de la hausse des prix des loyers. A l’extrême Sud du canal, où coule la Düssel, se trouve le Bergische Löwe (de Philipp Harth, 1963) et à l’extrême Sud le Tritonenbrunnen (réalisé par Fritz Coubillier en 1902), deux monuments célèbres.

Le canal fut creusé en 1802 par Caspar Anton Huschberger, après l’approbation du prince électeur Maximilian Joseph. Il a une largeur de 31 m, une profondeur de 7 mètres et était 812 m de long. L’eau s’écoule lentement vers le Nord (jusqu’au Triton de Coubillier) et vers le Sud, ce qui n’était pas le cas sur les premiers plans établis. L’aménagement a été incombé à Maximilian Friedrich Weyhe. Il a suggéré la plantation de châtaigniers, d’où son ancien nom Kastanienallee. Compte tenu du faible taux de promeneurs, la forme du boulevard a été choisie de façon à faciliter le recouvrement de l’impôt des douanes. Le mot « boulevard », hérité du Français, vient de l’Allemand « Bollwerk », c’est-à-dire « rue construite sur une ancienne fortification de la ville ».

Longtemps, l’avenue n’a été qu’une promenade. Jusqu’à ce qu’une Poste fut érigée, premier grand bâtiment, en 1831. A l’extrême Nord de la Königsallee se trouve le Cornelius square, avec sa fontaine créée par Leo Müsch. Derrière/ Par-delà la fontaine, se situe le numéro 1 de la Königsallee: l’immeuble de la galerie Kaufhof (auparavant le grand magasin Leonhard Tietz AG), dessiné par Joseph Maria Olbrich en 1906 dans le style Art Nouveau, au début du vingtième siècle. La construction de la première gare avec la première ligne de chemin de fer de l’Allemagne de l’Ouest, à l’extrême Sud de l’avenue, redonna vie à la Kastanienallee: elle devint une artère principale.

Au début du XXème siècle fut construit le premier métro. Par conséquent, les trottoirs furent élargis et les lampadaires, les kiosques ainsi que les cabines téléphoniques remplacées. Les gares et le métro étaient aussi synonyme de tourisme : des restaurants ont donc ouvert leurs portes, ainsi que des hôtels. Une nouvelle forme de gastronomie s’établit : les cafés terrasse. L’hôtel de luxe Kaletsch, situé au 66, fut, jusqu’en 1925, un lieu de haut prestige, fréquenté par la plus haute société. F.W. Kaletsch, un hôtelier débrouillard, savait ce que les Düsseldorfois aimaient et il le mit en œuvre : une extraordinaire maison patricienne du Gründerzeit (d’avant la première guerre mondiale) dont les balcons étaient dotés de grille en fer arquée et peinte en or. Il avait un café en terrasse et un restaurant. Il était équipé d’électricité et de chauffage.

En 1905, le célèbre gastronome Karl Albert Mataré le racheta. Il le dirigea jusqu’en 1919. Ce concept des cafés terrasse venait de Paris, et d’autres hôtels et restaurants l’imitèrent. Pour cette raison on surnomme aussi Düsseldorf le « petit Paris ». En 1925, les membres de la famille Hemesath de Dortmund furent les nouveaux propriétaires et l’hôtel devint une immense pâtisserie. En 1929, ils ouvrirent dans le même établissement le cabaret Tabaris. Le Tabaris était la scène des spectacles et des revues les plus « culotées »/ « osées », tout le gratin et les artistes les populaires s’y retrouvaient. Il fut entièrement détruit en 1943 et rouvrit ses portes en 1947. Il redevint un lieu de « nuits folles ». Mais en 1959, après avoir été remplacé par un cinéma, il ferma définitivement ses portes.

Der Breidenbacher Hof, maison de grande reputation et ancien hôtel de prestige le plus célèbre de la Königsallee, situé au 36, Heinrich Heine Allee, est en rénovation depuis 2006. Les travaux devraient s’achever en mai 2008. Il accueillera des boutiques de luxe comme Escada et Hugo Boss, ainsi qu’un hôtel et des bureaux. Sa construction date de 1909, par l’architecte J.M. Olbrich, qui construisit également la célèbre galerie marchande Kaufhof, située juste en face. L’immeuble du Breidenbacher Hof fut rénové en 1927 par Emil Fahren Kamp.

En 1902 ouvrit également le Parkhotel (aujourd’hui le Steigenberger). Pour satisfaire les goûts et les critères de qualité du moment, que cette maison possédait, une partie du Hofgarten (jardin botanique) fut sacrifiée.

A partir de 1902 l’avenue fut pourvue d’un nouveau revêtement et des travaux d’embellissement furent achevés : le puits de la fontaine du Triton (dieu de l’eau) est installé, des balustrades mises en place. Les Giradetbrücke (ponts Giradet) avec leurs bijoux ostensibles en formes de têtes de femmes furent inaugurés en 1907. Les têtes représentent les quatre éléments : le feu, l’eau, la terre et l’air. Au Sud de l’allée se trouve depuis l’année 1910 une statue en forme de lion. Ce lion ne symbolise pas seulement la force et l’endurance, il est, surtout avec sa queue séparée en deux, l’animal héraldique de la ville, ce symbole étant assimilé aux fondateurs de Düsseldorf. La sculpture qui existe aujourd’hui a été réalisée par Phillip Harth et a été mise en place en 1963.

1902 fut une année de renouveau pour l’Allemagne, la France dédommageait l’Allemagne des dégâts causés par la guerre 1870/71. En résultent une vague de constructions prolifiques et souvent chargées. Durant cette période, la Königsallee devint une œuvre de somptuosité. La partie ouest, qui jusque là s’appelait Canal Strasse, fut rebaptisée Königsallee, dans le prolongement de l’avenue. Le grand magasin Leonard Tietz, situé au Nord de l’avenue royale. J.M. Olbrich, son constructeur, était un célèbre représentant de l’art nouveau.

Le premier grand magasin de Düsseldorf a également été un jalon architectural : beaucoup d’argent fut jeté par les fenêtres pour la construction des façades et à l’intérieur trois cours vitrées, qui reviennent à Otto Englers, le fondateur de Carsch Haus. Aujourd’hui, seuls quelques détails de la façade monumentale rappellent l’art nouveau, qui fut créée par le sculpteur Johannes Knubel : des reliefs en forme de visages, représentant plusieurs personnes ayant servi de modèles, et des ornements végétaux.

Le bâtiment a été entièrement brûlé pendant la deuxième guerre mondiale, lors d’une attaque à la bombe. Il a été un des premiers magasins à rouvrir ses portes après la guerre. L’éclat du style d’avant-guerre auquel il appartenait est désormais révolu, car l’entrée et la façade ont été modifiées, l’aménagement intérieur et l’éclairage modernisés. En 1960, un parking au Nord de l’édifice a été construit par l’architecte Wunderlich. La façade actuelle n’existe que depuis 1985, une façade à laquelle les architectes Dietrich et Hermann ont tenté de redonner le style d’antan. Le côté ouest de la Königsallee est, depuis les années trente, un quartier de villas, un lieu privilégié de résidences pour les plus aisés. Les vitrines le long de l’avenue, longue de 800 mètres, ne sont pas extensibles. Une solution pour développer le commerce a été trouvée en 1967 : la Kö-Galerie a été inaugurée. Avec sa façade en métal, elle donna au lieu un nouvel accent. Son architecture est souvent remarquée pour sa singularité, une recette unique de tradition et de modernité, avec ses immeubles… et sa galerie marchande (la Kö Galerie) sur trois étages coiffée d’une coupole en verre. Les architectes Jung et Stadler ont un peu changé le caractère de l’urbanisation : à la place de l’avenue continue a été insérée une avenue solitaire.

Le caractère de la Königsallee a été marqué par le commerce en détail.D’abord simple résidence des nantis, les riverains réaliseront son rez-de-chaussée durant la deuxième moitié du XIXème siècle. Après 1900, le tramway servi à des fins commerciales, autres que la distribution du courrier. Après la guerre, la Königsallee reflétait le miracle économique, grâce à ses multiples produits de luxe. Puis dans les années 80 se sont installées les chaînes internationales. Les concepteurs ont jeté sur l’avanue un regard moderne et exclusif. Avec les nouveaux commerçants, il existe aujourd’huiune conception internationale des façades. L’heure de la mondialisation est pour la’avenue synonyme d’opulence, reflétée par ses balcons dorés ou la dimension verticale comme style donné aux magasins par exemple. L’évolution des habitudes de consommation et de styles de vie ont assuré et continuent d’assurer la mutation de la Königsallee.

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