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Bilinguisme : on oublie les tout-petits !

En matière éducative, les initiatives franco-allemandes pullulent. Mais on oublie souvent les plus petits. Des deux côtés du Rhin, le bilinguisme peine toujours à s’installer dans les Kitas et les écoles maternelles.

Il est bien des domaines où la coopération franco-allemande est exemplaire, comme sur le plan de la formation professionnelle ou au niveau des universités. Et pourtant, celle-ci pèche encore sur l’éducation bilingue des jeunes enfants. C’est d’autant plus étonnant que de nombreuses études ont démontré que l’apprentissage d’une seconde langue ou d’une langue étrangère doit débuter le plus tôt possible. À 3 ans, un enfant a toute la souplesse intellectuelle pour imiter, apprendre, se fondre dans une autre langue et une autre culture. Les débats récents sur le sujet ont en tout cas permis à la question de gagner en visibilité. L’augmentation de la demande d’offres bilingues dans les jardins d’enfants ou les écoles maternelles est allée de paire avec une augmentation des demandes de subventions pour l’enseignement précoce des langues. Politiquement aussi, on a décidé de se saisir de la question. En 2010, le Conseil des ministres franco-allemand a ainsi adopté l’“Agenda 2020” qui prévoit en particulier la mise en place de 200 écoles maternelles et Kitas bilingues. En 2013, le ministère français de l’Éducation nationale et les Länder allemands ont adopté une “Charte de qualité franco-allemande pour les écoles maternelles bilingues”, développant une vision commune pour promouvoir l’apprentissage précoce de la langue du partenaire.

Des systèmes différents

Mais la mise en oeuvre de ces mesures s’est avérée complexe en raison des différences entre les systèmes éducatifs des deux pays et du soutien fi nancier inégal des régions. Alors que les petits Français intègrent dès l’âge de 3 ans une école maternelle, le “Kindergarten” allemand est une garderie, plus qu’une école. “En Allemagne, la garde d’enfants est envisagée différemment et avec d’autres objectifs qu’en France”, explique Elisabeth Berger, directrice du bureau sur la formation interculturelle de l’ Office franco-allemand pour la Jeunesse. “Cela engendre des différences dans les établissements bilingues, auxquelles s’ajoutent encore des disparités régionales. En Allemagne, on encourage l’apprentissage du français en tant que première langue étrangère. La Sarre, le Bade-Wurtemberg et la Rhénanie-Palatinat le proposent souvent dès le Kindergarten. En France, ce sont également les régions frontalières qui proposent des cours d’allemand dès l’école maternelle.

” Selon une étude de l’association allemande pour la promotion du multilinguisme dans les Kitas et les écoles (FMKS), on dénombre outre-Rhin 318 établissements préscolaires proposant l’apprentissage du français, dont 184 dans la Sarre et 70 en Rhénanie- Palatinat. Loin derrière suivent Berlin (16 établissements), la Rhénanie-du-Nord- Westphalie (9) et enfi n la Hesse, la Bavière et le Bade-Wurtemberg (7 établissements chacun). En France, c’est l’Alsace qui compte le plus d’établissements bilingues pour les plus petits. La région peut s’enorgueillir de son réseau d’écoles “A.B.C.M. Zweisprachigkeit”, dix établissements qui font partie de l’Association pour le bilinguisme en classe dès la maternelle.

En France, dans les autres régions, l’éducation bilingue est surtout l’affaire de groupes de parents et d’associations. L’une d’elles, l’ association des parents d’élèves de jardins d’enfants franco-allemands, basée à Paris, accueille 150 enfants âgés de 2 à 6 ans et rencontre un écho favorable. Verena von Derschau, mère de famille, confirme : “L’une des raisons était bien sûr la langue allemande. Même si je parlais allemand à mes enfants depuis leur naissance, cela ne suffi sait pas. Ils me répondaient toujours en français. Grâce à l’AJEFA, cela a changé.”

Manque de soutiens financiers Alors que la demande augmente, l’association de parents d’élèves doit refuser des candidatures par manque de capacités : “Nous n’avons pas assez de réserves financières pour former de nouveaux groupes. Seules les subventions nous permettent de nous agrandir”, explique Elisabeth Feldmeyer, la responsable pédagogique de l’AJEFA. En France, le problème est lié au fait que l’État applique aux écoles maternelles le système général de subventions destiné aux établissements de la petite enfance. Le soutien serait plutôt à chercher du côté des communes. Mais celles-ci concentrent leurs efforts sur la création de places en crèches pour les enfants de moins de 3 ans, tandis que l’ AJEFA a conçu son projet pour des enfants de 2 à 6 ans.

L’établissement touche tout de même des subventions de la ville de Paris et bénéficie du soutien financier de l’ OFAJ. Reste que des initiatives telles que la “valisette franco-allemande” ou la promotion de cours de langues pour les enfants, ne suffi sent pas à couvrir le financement nécessaire à l’association pour s’agrandir durablement. Elisabeth Feldmeyer espère trouver de nouveaux partenaires financiers lors du 40e anniversaire de l’ AJEFA qui sera célébré en novembre prochain avec le parrainage de l’ambassade d’Allemagne. L’ambassadrice, Susanne Wasum-Rainer, devrait être présente. Et Harlem Désir, le secrétaire d’État français aux Affaires européennes, a déjà accepté l’invitation.

TEXTE : CLÉMENCE DELMAS

Source : ParisBerlin

Article original : Bilinguisme : on oublie les tout-petits !

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