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De jeunes Allemands contre le consumérisme

Travailler plus, gagner plus, acheter plus. L’économie doit croître et pour cela, nous devons consommer sans fin. Peut-on continuer éternellement ? Non, estiment de jeunes Allemands qui ont décidé de changer leurs habitudes.

Modération. Sobriété. Chaque mot est écrit à la main sur une affiche. Lisa Tschorn cherche d’autres termes. Avec les 23 autres participants de l’atelier, elle s’efforce de répondre à cette question fondamentale : « Assez, c’est combien ? »

Samedi matin, onze heures et des poussières. Lisa aurait pu rester au lit, mais elle s’est levée dès potron-minet pour attraper le train de Münster à Dortmund. À l’entrée, un écriteau indique le thème de l’atelier : « Die fetten Jahre sind vorbei » (litt. « Les temps prospères sont révolus », titre original du film allemand The Edukators, NdT). Certes, Lisa n’a jamais connu d’années fastes : à 29 ans, cette étudiante en géographie survit en enchaînant les petits boulots. « Je suis riche, mais je n’ai pas beaucoup d’argent », déclare-t-elle en riant. Ses vêtements, elle les a reçus en cadeau ou en troquant une autre possession. La dernière fois qu’elle a pris des vacances, elle est allée en France en stop.

Le développement durable, un mode de vie

Comme elle, Niko Paech boycotte sciemment les articles de luxe : pas de téléphone portable, pas de voiture. Quand on l’interroge sur la dernière chose qu’il s’est offerte, il est obligé de réfléchir : « Un CD d’occasion », se souvient-il finalement. Niko est professeur à l’université d’Oldenbourg, où il donne des cours sur la production et l’environnement. Il va de conférence en conférence pour plaider contre le dogme de la croissance. « Nous n’avons qu’un seul corps, et nous ne pouvons pas continuer à nous offrir de plus en plus de choses. Pourtant, nous nous approprions une quantité exponentielle d’objets. Mais, de quel droit ? »

Niko Paech a le sentiment que beaucoup de jeunes sont plus attentifs que jamais au développement durable. « Mais ils ne sont pas si nombreux que ça », nuance-t-il. Ces dernières années, c’est devenu branché. Les modes de vie actuels sont empreints d’une pensée écologique superficielle. Cependant, il ne suffit pas de boire de la Bionade (boisson gazeuse biologique, NdT) pour assainir le système. Il faut consommer moins. Ce n’est qu’en renonçant à certaines choses qu’on pourra préserver les ressources naturelles – qui, comme la croissance économique, ne sont pas infinies.

Oser travailler moins

S’il y a bien quelqu’un qui vit selon ces principes et considère Niko Paech comme un modèle, c’est Thomas Forbriger, 35 ans, qui dirige l’atelier. Quand il entreprend d’évoquer le caractère immatériel de l’argent, il s’attire des regards perplexes. Il a du mal à minimiser l’influence du système. En réalité, il veut seulement faire comprendre aux participants que chacun peut agir à son échelle. Comme lui : Thomas a choisi d’éviter les emplois classiques, qui l’obligeraient à travailler de 9 à 17 heures. « Si je compte tous mes petits boulots, j’arrive au maximum à un mi-temps », affirme-t-il. Ce qui lui laisse une certaine liberté pour réparer des objets, en fabriquer lui-même, ou encore travailler la terre dans un potager collectif. « Le problème, c’est de se rendre tributaire de fournisseurs extérieurs en consacrant son salaire à des choses qu’on ne peut pas produire soi-même. Je m’efforce d’éviter cela au maximum pour me prémunir contre les crises. »

« En agissant ainsi, je me marginalise »

La plupart des participants assis face à Thomas ont une vingtaine d’années à peine. Marleen Schwarze est la plus jeune d’entre eux : à 18 ans, elle est encore lycéenne et passera le Bac l’année prochaine. « À l’école, je n’apprends rien de ce qui m’intéresse. C’est pour ça que je suis ici aujourd’hui. » Et aussi parce qu’elle espère rencontrer des gens qui partagent ses idées. Au lycée, les autres élèves la regardent souvent de travers. Elle n’a pas de smartphone, se moque de la mode, et fait la grève de la faim quand ses amis mangent au fast-food. « En agissant ainsi, je me marginalise », reconnaît-elle. Nous, Allemands, avons-nous suffisamment de possessions ? « Nous n’en n’avons pas suffisamment », estime Marleen. « Nous en avons bien trop ! »

Les participants s’offrent une petite pause. On fait circuler du chocolat bio et des noix issues du commerce équitable. Tout le monde a envie de discuter. Jesko Götting, 18 ans, prête une oreille attentive à ses camarades. Cet apprenti charpentier a commencé à s’intéresser au sujet récemment. Ses propos sont plus pragmatiques qu’idéologiques : « Trier soigneusement ses déchets, éviter de prendre systématiquement la voiture, je suis d’accord », dit-il. « Mais si on me proposait de monter dans l’avion pour une destination lointaine, par exemple en Asie, je ne dirais pas non. »

« Les consommateurs sont des junkies »

Pourtant, les voyages en avion figurent parmi les principaux responsables du changement climatique, souligne Niko Paech. « C’est le plus grave problème de consommation des jeunes, aux côtés des appareils électroniques et des emballages jetables. » Or, peu de jeunes sont prêts à renoncer à ces choses. Niko Paech n’a pas grand espoir de voir le système changer radicalement, mais « cela ne peut pas faire de mal d’en parler ». Néanmoins, savoir se limiter est avant tout une question de discipline. « Nous sommes accros à la consommation, comme des junkies. Et les junkies s’en prennent rarement aux dealers. »

Source : allemagne.diplo.de

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