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L’Allemagne délocalise ses maisons de retraite

Stagnation des retraites, hausse constante du prix des soins… Nombreux sont les séniors qui ne peuvent plus payer seuls leur place dans une maison médicalisée. Pour eux, une nouvelle solution existe: l’Europe de l’Est.

L’export des vieillards”, “L’Allemagne expulse ses séniors”… De tels titres ont fleuri dans la presse allemande ces derniers mois. Ces articles tracent le portrait de retraités atteints d’Alzheimer, envoyés par leurs proches dans des maisons médicalisées d’Europe de l’Est.

Dans la plupart des cas, les familles ont fait appel à Artur Frank. Depuis 2006, cet Allemand les aide à trouver une place dans des instituts en Slovaquie, son pays de résidence. Pour 1 980 euros, son bureau cherche une maison de retraite où des employés parlent allemand. Il y accompagne le sénior et se charge des formalités administratives.

“Nous restons aussi en contact avec tous nos retraités”, insiste l’intermédiaire. “Nous donnons des nouvelles aux familles et leur envoyons des photos.” “Souvent les gens se tournent vers moi pour des raisons de coûts”, avoue-t-il. Une place dans une maison de retraite slovaque ne coûte que 1090 euros par mois pour un Allemand. Dans la République fédérale, il faut compter en moyenne 3 200 euros pour la catégorie de soins 3, c’est-à-dire pour les patients qui nécessitent une attention permanente.

Une somme dure à payer, surtout quand les retraites stagnent dans le pays. Ainsi, en 2010, environ 411 000 personnes touchaient l’allocation que l’État allemand verse aux personnes dépendantes dont la retraite et les économies ne suffisent pas à payer leur maison de retraite, soit 5 % de plus qu’en 2009. Mais l’État peut aussi demander aux enfants de mettre la main à la poche. Un des clients d’Artur Frank était ainsi contraint de payer 1 000 euros pour financer la mai- son de retraite de sa mère. Résultat: il lui a choisi une chambre à 700kilomètres de sa Bavière natale.

Les caisses d’assurance maladie allemandes ne peuvent pas prendre en charge directement les coûts d’une maison de retraite à l’étranger. C’est interdit par le droit européen. Dans ce cas, les séniors ne peuvent toucher que les 700 euros versés aux personnes soignées à domicile. Ajoutés à une pension, même faible, cela peut couvrir une place en Slovaquie.

Une solution d’avenir ?

Et le mot semble être passé. Alors qu’il ne traitait qu’un dossier par an au début, Artur Frank reçoit désormais des appels presque quotidiennement. Cinquante séniors ont déjà été pris en charge par son bureau. Et il n’est pas le seul à avoir reconnu ce nouveau besoin. Des maisons de retraites spécialisées dans l’accueil des germanophones ont déjà vu le jour en Pologne, en Espagne et même en Thaïlande.

Et la ruée vers l’Est risque de continuer. En 2050, un Allemand sur quinze nécessitera des soins constants. Et pour couvrir les be- soins, il faudrait déjà ouvrir 190 nouvelles maisons de retraite chaque année. “Face à cet état d’urgence menaçant, il me semble opportun de réfléchir à des alternatives”, déclare Willi Zylajew, député de la CDU. Ce spécialiste des questions médicales souhaiterait notamment que des caisses allemandes puissent passer des contrats directement avec des maisons de retraites à l’étranger. Toutefois, la question reste taboue au gouvernement. Personne ne veut se faire taxer “d’exportateur de séniors” en pleine campagne électorale.

Mais Artur Frank défend son offre. Selon lui, elle n’a rien de discount. Elle serait même de “meilleure qualité que dans certains ins- tituts allemands”. C’est également l’argument de Martin Woodtli. En 2003, ce Suisse a ouvert en Thaïlande un centre pour germanophones atteints d’Alzheimer: “Pour 2400 euros, chaque pensionnaire a trois soignants attitrés qui se relaient auprès de lui 24 heures sur 24. Ce serait impossible en Allemagne.” Il faut dire qu’ici le personnel touche entre 350 et 500 euros par mois. Vingt séniors résident actuellement dans son institut. “La plupart sont là de manière durable. Mais nous avons aussi des personnes qui ne restent qu’un mois, pour soulager la famille pendant des vacances par exemple. C’est très bien pour les Allemands, qui ont souvent leurs parents à la maison.” En effet, 46% des séniors nécessitant des soins seraient pris en charge par leurs proches de ce côté du Rhin, soit 1,07 million de retraités.

Des aides-soignantes chinoises à la rescousse

10000 postes d’aides-soignantes étaient vacants en mars 2012 outre-Rhin, selon le syndicat patronal BDA. Et ce déficit devrait croître de 50 % d’ici 2030, s’inquiète la fondation Bertelsmann dans une étude. A contrario, la Chine dispose d’un grand nombre de travailleuses qualifiées et sans emploi : la province de Shandong regroupe à elle seule 60 000 aides-soignantes au chômage. Le BDA a lancé en conséquence un projet pilote visant à faire intervenir 150 aides-soignantes chinoises dans différentes institutions réparties en Hesse, Bade-Wurtemberg et à Hambourg. Les participantes auront suivi une formation préalable de huit mois, en coopération avec le Goethe-Institut, avec 40 heures de cours intensifs de langue et culture allemande par semaine. À l’issue de leur apprentissage, les candidates devront justifier d’un niveau de langue B2 selon les critères d’évaluation européens. Tous les frais engendrés par la formation sont pris en charge par les entreprises participantes. L’arrivée en Allemagne ainsi que la mise en pratique du projet pilote est prévue pour fin 2013. Il sera évalué sur une période de trois ans par le ministère fédéral de l’Économie.

TEXTE : LISA DUCRET

Source : ParisBerlin

Article original : L’Allemagne délocalise ses maisons de retraite

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