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L'intégration des enfants handicapés dans les écoles allemandes

En Allemagne, l’intégration des enfants handicapés dans les écoles ordinaires devrait devenir la règle. Mais le chemin est encore long. Et les opposants nombreux.

Des enfants handicapés dans les mêmes classes que les élèves valides : c’est parfaitement normal à l’école secondaire Regine Hildebrandt, près de Berlin. “Nous avons 80 jeunes handicapés sur 683”, précise la directrice Kathrin Voigt. Ici, les classes ne comportent pas plus de 23 élèves, avec souvent deux professeurs par cours et des éducateurs spécialisés. “C’est un plus pour tous. Les handicapés sont mieux encouragés que dans une école spécialisée, et les autres acquièrent des compétences sociales, comme la tolérance.”

Et le succès est au rendez-vous. En 2011, seuls deux élèves ont quitté l’école sans diplôme. Cet établissement reste une exception de ce côté du Rhin. Selon une étude de la Fondation Bertelsmann, seuls 22,3 % des enfants handicapés allemands seraient scolarisés en milieu ordinaire. Les autres le sont en centres spécialisés. Dans les pays scandinaves, ce taux s’élève à 95%, et en Grande-Bretagne il atteint 60 %. Et même la France, qui dispose également de beaucoup d’institutions spécialisées, fait mieux que son voisin allemand. Depuis la loi de 2005 sur l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées, leur scolarisation dans des établissements ordinaires a bondi, passant de 133 000 enfants handicapés à environ 200 000 sur 278 000 au total.

Objectif : Fermer les centres spécialisés

Outre-Rhin, les obstacles restent nombreux. L’Allemagne a certes ratifié la convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapés en 2009. Elle stipule notamment que les enfants handicapés doivent pouvoir accéder à la même éducation que les valides. Mais ici, l’éducation est l’affaire des Länder. Et ils ne sont pas tous aussi pressés de s’attaquer à ce dossier. La Bavière, par exemple, reste bien en dessous de la moyenne nationale. Par contre, à Brême, 89 % des enfants handicapés en âge d’aller au primaire se retrouvent sur les bancs des écoles ordinaires. Ce Land a même décidé que tous ses centres spécialisés devraient fermer leurs portes d’ici 2017.

Une perspective qui en laisse cependant beaucoup sceptiques, notamment parmi les familles concernées. Theo Teigeler, président d’une association de parents d’élèves handicapés en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, voit d’un mauvais œil cet empressement des politiques : “Les enfants handicapés sont souvent les derniers de leur classe. Cela peut conduire à des frustrations.” Son fils de 18 ans, lui-même handicapé, suit des cours dans une institution spécialisée. “Nous ne sommes pas pour l’exclusion, bien au contraire.” Cependant, fermer en hâte les écoles spécialisées ne lui paraît pas être la bonne voie. Il propose de faire le chemin inverse : “Pourquoi ne pas ouvrir les institutions spécialisées aux élèves valides? Elles sont déjà bien équipées, et nous pourrions adapter les cours pour eux !”

“Il faut plus de moyens”

Jens-Jürgen Saurin, le directeur de l’école Adolf Reichwein, dans le quartier populaire de Neukölln, à Berlin, exprime aussi de nombreux doutes quant à la politique d’intégration des enfants handicapés. Son établissement accueille principalement des enfants issus de l’immigration, qui ont de grosses difficultés avec la langue, ou des troubles du comportement. “Pour le moment, on ferme juste les centres spécialisés sans donner assez de moyens aux autres écoles pour s’occuper des enfants handicapés. C’est une honte.” Selon lui, les politiques n’ont pas pris conscience des coûts induits par l’arrivée de ces enfants. “Il faudra notamment former beaucoup plus d’éducateurs spécialisés”. Une autre étude de la Fondation Bertelsmann lui donne d’ailleurs raison. Selon elle, 9 300 enseignants supplémentaires seront nécessaires d’ici dix ans si l’on veut inclure tous les élèves qui ont un handicap d’apprentissage, social ou émotionnel, ainsi que la moitié des autres enfants handicapés. Le budget de l’Éducation devrait donc s’élever de 660 millions d’euros par rapport à 2010, soit moins de 2 %. “L’intégration est nécessaire et abordable”, insiste Jörg Dräger, membre de la Fondation. “Mais elle va échouer dans les Länder qui voient cela comme un moyen de faire des économies.”

TEXTE : DEBORAH BERLIOZ

Source : ParisBerlin

Article original : Une scolarisation difficile

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