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La pop allemande cartonne

Chanter en allemand, yes, we can ! La pop teutonne a su conquérir un large public outre-Rhin et commence timidement à s’exporter.

Doch du scherst dich nicht um Lyrik, tust du’s ?” Rappelez-vous de la ver-sion originale : “But you don’t really care for music, do you ?” Max Prosa, celui qu’on surnomme déjà le “Bob Dylan allemand”, a repris le classique de Leonard Cohen, “Hallelujah”, dans la langue de Goethe. Son dernier album Rangoon (2013) est d’ailleurs entièrement chanté en allemand. Et si ce n’est pas donné à tout le monde, cela ne plaît pas forcément à tout le monde non plus. La version doucerocailleuse du chanteur de 22 ans a en tout cas emballé le manager de Leonard Cohen lui-même. Les reprises vers l’allemand sont plutôt rares. Mais alléluia ! Si elle n’a jamais été réputée pour ses consonnes mélodiques, la pop made in Germany commence à faire vendre. Très bien même.

Elle a fait son trou quelque part entre les tubes radio des groupes Silbermond, Juli ou Wir sind Helden, les titres punk de die Ärzte ou des Toten Hosen, le hip-hop de Fanta4 et Fettes Brot et le swing années 1920 de Max Raabe. Anciens (Udo et Rio) et nouveaux (Tim Bendzko, Philipp Poisel) auteurs-compositeurs du cru ont le vent en poupe. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2012, sept des dix albums les plus vendus en Allemagne étaient en langue allemande. Si l’on compare avec 2003, les charts allemands comptent deux fois plus de chansons allemandes dans leur top 100. Un succès qu’il convient d’apprécier à l’aune du développement du téléchargement sur Internet qui a bouleversé les habitudes des consommateurs ces dernières années. Mais c’est un fait : “Depuis un certain temps, la scène musicale allemande a gagné en assurance et affiche une attitude totalement décomplexée vis-à-vis de la langue allemande”, constate Florian Drücke, directeur du Bundesverband Musikindustrie, l’association qui défend les intérêts de l’industrie du disque en Allemagne.

Résultat, la pop allemande ne s’est jamais aussi bien portée : “Marteria et Peter Fox ont donné un second souffle à la langue. Autrefois englué dans une comédie gangsta- rap, le hip-hop allemand emprunte aujourd’hui à la pop (Cro), au rock (Casper), à la soul (Max Herre) et à l’électro (Deichkind). Il a réussi à faire tomber ses barrières”, explique Niko, 28 ans, fan du genre. Et cela sans remplir de quotas. Une tentative de régulation, comme en France où la loi rend obligatoire la diffusion sur les ondes d’au moins 40 % de chansons en français, a échoué en 2004.

Exit la “Schlagermusik” de papa

Heureusement, cela n’a pas empêché nombre de musiciens allemands de prendre leur élan. Bien au contraire. Aujourd’hui, on observe un renouveau de la chanson allemande. Un point c’est tout. “Nous, les Allemands, avions un problème avec notre propre langue”, explique la chanteuse Annett Louisan. “Pourtant, c’est normal de vouloir comprendre les paroles qui accompagnent une mélodie. Elles se complètent l’une l’autre.”

Alors pourquoi tant de haine? Pour comprendre cette désaffection pour la langue allemande, il faut retourner à la source. Jusqu’à présent, la chanson allemande comptait surtout ses adeptes parmi le troisième âge. Oma et Opa allumaient leur téléviseur pour assister au “grand show du samedi soir” : deux heures et demie de romantisme kitsch bucolique à faire pâlir les fans de Michel Sardou ou d’Yvette Horner. Rythmes entraînants, paroles dégoulinantes de mièvrerie, paysages de montagne, “Lederhosen” – culotte de peau – et “Dirndl” – costume traditionnel tyrolien – : La Mélodie du bonheur, servie sur un plateau télé. Même si certains chanteurs semblaient descendre d’une autre planète, comme les “Wildecker Herzbuben” balançant en rythme leurs “Bierbauch” replets – bedaine à bière – au son du tube “Herzilein” (“Mon petit cœur” en français).

Aujourd’hui encore, aux heures de grande écoute, impossible de passer à côté de ces émissions de musique populaire. Le dernier album de Heino, le grand-père de la “Volksmusik”, a créé la surprise cette année en caracolant en tête des charts. Sur la pochette, le chanteur de 74 ans qui n’a pas pris une ride, affiche toujours sa chevelure blonde platine. La “Schlagermusik” a encore de beaux jours devant elle. Jens, 31 ans, trouve toujours aussi gênant que son “père s’achète des places pour aller voir Florian Silbereisen en concert et reprenne en chœur “Das Rote Pferd” à chaque fête de carnaval” – chanson où il est question d’un cheval qui chasse les mouches de son arrière-train.

Renouveau

Et puis un jour, les premiers chanteurs à textes (Konstantin Wecker, Wolf Biermann) et les premiers groupes de rock engagés (Ton Steine Scherben) sont parvenus à se frayer un chemin parmi le cloaque de la “Volksmusik”. Au début des années 1980, la nouvelle vague allemande (Nena, Falco, Ideal) avec ses titres pop-rock issus du mouvement punk, ouvre la voie. Dans les années 1990, c’est l’école de Hambourg (Blumfeld, Tocotronic, Die Sterne) qui donne le là à côté des tubes américains grand public. Dès lors, l’allemand n’a eu de cesse de s’épanouir dans ce pot-pourri musical. De même, certains jugent impossible d’exprimer en anglais la liberté et la modernité qui caractérisent Berlin, la capitale du moment (voir “Dickes B” de Seed).

Conséquence de la tendance altermondialiste, d’un regain d’assurance ou d’un rapport à la langue plus subtil” (Max Raabe), la chanson allemande sort enfin du placard même si elle ne franchit pas encore les frontières du pays. Car si Tokio Hotel, Rammstein ou Lena Meyer-Landrut ont envahi les rayonnages étrangers, dénicher un CD de Wir sind Helden en dehors des frontières de l’Allemagne, même chez un disquaire bien achalandé, reste mission impossible. La chanson allemande scintille comme une boule à facettes : “Elle montre une nouvelle réalité, à l’image de la société allemande”, confie Niko. “Nous ne sommes plus seulement grands, blonds, aux yeux bleus. Nous pouvons aussi être noirs, turcs, en un mot : différent.”

TEXTE : KATHARINA KLOSS

Source : ParisBerlin

Article original : La pop teutonne cartonne

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