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Légèreté et liberté : la nouvelle littérature allemande

Trop intellectuelle, trop complexe, trop introspective… : souvent, la littérature germanophone n’enthousiasme guère les lecteurs allemands eux-mêmes. Goethe n’était-il pas le premier à regretter la gravité ayant tendance à la caractériser ? “Pendant que les Allemands se tourmentent en tâchant de résoudre des problèmes philosophiques, les Anglais se moquent de nous, et conquièrent le monde avec leur pragmatisme et leur bon sens”, soupirait-il…

Mais les temps ont changé. C’est que, depuis quelques années déjà, la littérature germanophone, qui bien sûr inclut – et c’est un atout – les auteurs autrichiens et suisses alémaniques, est parvenue à sortir de l’état d’hibernation dans lequel elle se trouvait. Et ce, grâce à la création d’une distinction littéraire ayant très vite gagné la reconnaissance du monde entier, le Prix du livre allemand, remis, chaque année, à la veille de l’ouverture de la Foire du livre de Francfort. Non seulement ce rendez-vous devenu incontournable a donné aux lettres allemandes une nouvelle visibilité à l’étranger, mais il a aussi réveillé l’intérêt des Allemands pour leur propre littérature. Désormais, nul besoin que Le Parfum de Patrick Süskind ou Le Liseur de Bernhard Schlink caracolent en tête des best-sellers listés par le New York Times pour attiser leur curiosité : aujourd’hui, ce sont des romans germanophones qui figurent le plus souvent en tête du hit-parade des livres les plus lus en Allemagne.

Une jeune génération d’auteurs de langue allemande est en effet parvenue à se dégager de l’ombre que leur faisaient les “monstres sacrés” de la littérature germanophone de l’après-guerre – Günter Grass, Martin Walser, Hans-Magnus Enzensberger ou encore Siegfried Lenz- pour prendre ses marques. Ce qui ne signifie pas que l’intense réflexion sur l’Allemagne et son histoire, qui nourrissait l’inspiration de leurs aînés, est devenue obsolète. Mais simplement que la littérature allemande contemporaine, en s’ouvrant à des thèmes plus internationaux, a gagné en polyphonie et en diversité. Ce que manifeste également le fait que des auteurs tels que Feridun Zaimoglu ou Terézia Mora, dont la langue maternelle n’est pourtant pas l’allemand, soient devenus des figures majeures des lettres allemandes d’aujourd’hui. Adieu, donc, querelles idéologiques et vieille opposition entre thèmes dits “sérieux” et “légers”. Désormais, “tout est permis”, et les écrivains qui œuvrent à l’édification de cette nouvelle littérature – de Kracht à Kehlmann, de Hacker à Hettche, ou de Tellkamp à Trojanow – ne craignent pas de dire leur admiration pour la littérature américaine, sans plus se sentir obligés d’encenser éternellement les grands classiques que sont un Thomas Mann ou un Bertolt Brecht.

Mais, dans tout cela, dira-t-on, que reste-t-il de typiquement allemand ? Une profondeur d’introspection et une complexité qui jamais n’aspirent à faire de l’art pour l’art, en dépit de toute leur aisance enjouée. Quiconque, d’ailleurs, en voudrait encore la preuve n’a qu’à demander à l’Académie suédoise : Günter Grass en 1999, Elfriede Jelinek en 2004 et Herta Müller en 2009… le rythme actuel des écrivains de langue allemande recevant le prix Nobel de littérature tous les cinq ans est devenu en soi un phénomène. Qui n’est d’ailleurs sans doute pas prêt de prendre fin : l’insolente attitude de cette nouvelle génération d’écrivains germanophones – dont “Nous écrivons comme nous l’entendons !” pourrait être le cri de ralliement – est en effet en cours de professionnalisation, grâce à la création de nouvelles écoles d’écriture en Allemagne, l’Institut allemand de littérature de Leipzig étant la première d’entre elles.

Voir l’article original sur le site du CIDAL : Légèreté et liberté : la nouvelle littérature allemande

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