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Bremerhaven, sauvée des eaux

La cité fondée au XIXe siècle comme port de Brême a vu le secteur de la pêche s’effondrer, les chantiers navals fermer, sa population fondre. Mais la ville prend un nouveau départ depuis quelques années, sous l’impulsion de l’industrie éolienne offshore.

Dans le centre de Bremerhaven, le port ouvre sur un immense bâtiment de verre et de métal: une coque arrondie supplantée d’une tour aux allures de voile gonflée. C’est la Maison du climat, un musée lu- dique. Le bâtiment se veut aujourd’hui l’icône de la ville située à 60 km au nord de Brême. Il n’existe pourtant que depuis 2009. À côté, la Maison de l’émigration accueille un musée historique depuis 2005. Elle vient de s’agrandir sur près de 2000 m2. Au sud, le centre commercial Mediterraneo reproduit en bord de mer du Nord (en intérieur et concentré) les espaces d’une vieille ville italienne, avec sa “Strada”, son “Mercato” et sa “Piazza”. Il y a dix ans, cette zone n’était qu’un gigantesque parking, à l’image du reste de la ville, désolée.

“Bremerhaven a subi une série de coups durs”, rapporte Michael Stark, directeur de la chambre locale de commerce et d’industrie. Il y a eu l’effondrement du secteur de la pêche, dans les années 70, puis la crise des chantiers navals la décennie suivante. La branche a employé jusqu’à 7000 personnes. Ils ne sont plus que 600 à y travailler aujourd’hui. Au début des années 90, les bases militaires américaines ont fermé. Le coup de grâce. “Les milliers de soldats et leurs familles sont partis. C’est comme une petite ville qui disparaît du jour au lendemain”, résume Michael Stark. “Les clients se sont évaporés et Bremerhaven s’est retrouvée avec des casernes vides sur les bras.”

De 24 à 15% de chômage

De près de 145 000 habitants au début des années 70, la ville n’en compte plus que 113 500. Mais depuis un an le chiffre se stabilise. “Nous attendons même une légère hausse”, indique le président de la chambre de commerce. L’emploi aussi donne des signes de reprise. Bremerhaven affiche encore un taux de chômage élevé, à 15 %. Mais il était de près de 24 % en 2005. Pour Michael Stark, cette baisse représente “un petit miracle”. Depuis quelques années, le vent a tourné: la cité est devenue un site de production d’éoliennes offshore. Avec ses entreprises maritimes, son port (le quatrième port de containers d’Europe) et les terrains disponibles des anciens chantiers navals, Bremerhaven avait le potentiel. Les acteurs de l’éolien ont saisi l’aubaine. En 2004, Multibrid (racheté par Areva Wind en 2008) a installé sa première éolienne test. Huit ans plus tard, aux côtés d’ Areva Wind, Repower Systems, PowerBlades et Weserwind construisent et assemblent ici leurs éoliennes destinées aux parcs de la mer du Nord. Un institut de recherche, Fraunhofer, a aussi vu le jour en 2009. Il teste, entre autres, la résistance des pales, plantées à l’horizontale dans deux hangars gigantesques.

Un nouveau terminal

Le secteur direct de l’éolien a créé 2 000 emplois à Bremerhaven depuis 2007. “Et nous ne sommes qu’au début”, se réjouit Uwe Kiupel, de la société pour le développement économique de la ville Bis. Sur les 25 projets allemands de parcs offshore autorisés en mer du Nord, seuls quatre ont déjà été réalisés. Une cinquantaine d’autres sont en attente d’une autorisation. “Une branche industrielle complètement nouvelle est en train de voir le jour ici.” L’université de la ville (2 800 étudiants) a même créé un mas- ter en ingénierie de l’énergie éolienne. Avec ce développement et la bonne santé actuelle des trois autres grandes branches de l’économie locale (port, transformation agroalimentaire et, depuis peu, tourisme), la chambre de commerce attend un taux de chômage à 11 % d’ici 2015.

Un nouveau terminal cargo offshore doit entrer en fonction à l’horizon 2016 pour transporter les éoliennes et cimenter le succès. Mais le projet peine à se financer. Après plus d’un milliard d’euros d’investissements depuis six ans, l’argent public ne suit plus dans un des Länder (Brême, dont la ville portuaire dépend) les plus endettés d’Allemagne. Michael Stark reste pourtant optimiste: “Les investissements publics ont donné l’impulsion. Maintenant, les fonds privés arrivent.”

Appartements avec vue sur la mer

Avec la baisse de sa population, Bremerhaven a vu ses logements se vider pendant des décennies. Comme certaines villes est-allemandes, la cité portuaire compte aujourd’hui des milliers de logements vacants : 5 000 sur près de 65 500. Résultat : une cinquantaine d’immeubles, la plupart construits au XIXe siècle pendant la période du Gründerzeit, sont abandonnés et finissent par tomber en ruine. Reste souvent comme seule solution la démolition. Bremerhaven a déjà supprimé 2000 logements ces dix dernières années.

Sur le port, en revanche, la ville voit arriver du neuf. Un premier programme d’appartements haut de gamme a déjà vu le jour. Leurs terrasses donnent directement sur la mer. “Une deuxième rangée d’immeubles est en cours de construction”, indique Michael Stark. “Avec des concours d’architecture. Nous n’en avions jamais eu auparavant !” Pour Heiko Janssen, habitant et propriétaire investi dans la rénovation du centre, “il faut des logements de qualité pour que les nouveaux travailleurs de l’éolien viennent vivre ici plutôt qu’à Brême”. L’homme rêve d’un développement du front de mer comme à Hambourg.

TEXTE : RACHEL KNAEBEL

Source : ParisBerlin

Article original : Bremerhaven, sauvée des eaux

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