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Le Berlin trendy du Mauerfall

25 ans après la chute du Mur, Berlin jouit d’une popularité sans faille parmi les jeunes d’Europe et du monde entier pour sa vie nocturne. Mais où se retrouvait-on à Berlin-Est avant la chute du Mur ? Et que sont devenus ces endroits aujourd’hui ?

Lire la stupéfaction sur les visages de ceux qui émergent pour la première fois du métro Frankfurter Tor, côté est de Berlin, est un spectacle presque aussi saisissant que l’endroit est impressionnant. Les Soviétiques s’en sont donnés à coeur joie, en concentrant la quasi-totalité de leurs efforts de reconstruction d’après-guerre sur la Stalinallee. 50 ans plus tard, le lieu fait toujours son petit effet. Le carrefour est bordé de deux tours, surmontées de dômes. Sur six voies, les voitures défi lent sans cesse et contraignent les piétons à traverser en plusieurs fois. D’un côté à l’autre, entre les immeubles aux façades de style impérial stalinien : 90 mètres de trottoirs, chaussées et terre-plein central. En se tournant vers le centre-ville et en levant un peu la tête, on voit se dessiner la silhouette de la tour de télévision, l’emblème de la capitale. Les passants ont l’air de fourmis minuscules dans ce décor colossal destiné aux parades militaires et à démontrer la puissance du régime communiste.

Rebaptisé Karl-Marx-Allee en 1961 – l’année de la construction du Mur – ce boulevard était l’artère centrale de Berlin- Est. “On pouvait y trouver tous les produits qui manquaient ailleurs, les gens venaient de toute la République,” raconte Peter Schröder, qui a toujours habité l’un de ces immeubles à la fois massifs et finement détaillés. “Il y avait aussi le merveilleux Café Sibylle, avec ses glaces,” dit-il avec nostalgie. Aujourd’hui, il s’occupe de l’événementiel du café qui n’a pas bougé de place, “le seul resté comme au temps de la RDA”, avec sa vingtaine de tables nappées de carreaux jaunes et blancs. Les débats politiques, vernissages et lectures qu’il organise font tourner l’établissement le soir. En journée, la petite galerie dans l’arrière-salle du café attire les touristes.

Des groupes en visites guidées se faufilent entre les objets exposés, un téléphone au design vintage ou des affiches à la gloire des travailleurs. On y apprend que ce sont les ouvriers du bâtiment, à l’ouvrage sur la Stalinallee, qui furent les premiers à défiler lors du soulèvement populaire du 17 juin 1953, réprimé violemment par les troupes soviétiques. La date devint symbolique, la RFA instaurant un nouveau jour national férié le 17 juin, proclamé “jour de l‘unité allemande”. Seule “une poignée” d’habitants qui ont connu ces événements fréquentent encore le Café Sibylle. “Autrefois, la clientèle était composée d’intellectuels, de touristes de l’Est et d’étudiants issus de familles établies,” se rappelle Peter Schröder. Les jeunes plus branchés “se retrouvaient plutôt au Mokka-Milch-Eis-Bar, en face du cinéma Kino International” situé plus bas sur l’avenue. “Dans les années 1960, c’était le lieu tendance et même un point de rencontre entre les jeunes de Berlin- Est et Ouest,” se souvient l’historien Bernd Florath, qui, lui aussi, a vécu sa jeunesse côté est.

Sous surveillance constante de la Stasi, les jeunes y échangeaient des disques américains, flirtaient et dansaient sur des rythmes disco. Le Café Sibylle, le Café Moskau et le Kino International repris peu après la Réunification par le groupe de cinémas York, sont les rares lieux à avoir survécu en gardant leurs fonctions d’alors. À la place du Mokka-Milch-Eis-Bar se trouvent aujourd’hui plusieurs commerces, dont l’Alberts, un restaurant et bar à cocktails à l’ambiance tamisée. Si la proximité du centre actuel assure une bonne fréquentation, plus loin le boulevard semble souvent vide. “C’est un axe mort : aucune clientèle de passage, les piétons ne passent même pas d’un côté à l’autre”, se plaint le gérant du Café Sibylle. Mais Peter Schröder se félicite de l’arrivée de nouveaux habitants, dont de jeunes mères qui viennent au café la journée avec leurs enfants.

Marc, un jeune français qui vit depuis un an et demi en couple dans un appartement spacieux de l’avenue, regrette aussi le manque de transports de surface. “D’autant qu’aux heures de pointes, il y a beaucoup de circulation et il est difficile de se garer,” explique le jeune communiquant en jetant un regard vers le bas de son immeuble. L’allée se développe en différentes parties estime Marc : “Tout à l’est, où j’habite, c’est populaire et touristique, mais en allant vers le centre, c’est en train de devenir comme un grand boulevard parisien, avec des enseignes de luxe, des magasins design, des showrooms, des galeries et des bars chics.” Pour lui, “plus que de la gentrification, c’est de l’embourgeoisement !”.

Les lieux disparus de la contre-culture Dans les années 1980 aussi, l’embourgeoisement – tout socialiste qu’il soit – et l’étroitesse d’esprit du régime en place en RDA fait l’objet des vives critiques chez les jeunes plus contestataires. “Le ‘Ostrock’, le rock de l’Est, s’était développé dans des périodes de détente de la politique culturelle dans les décennies précédentes,” explique l’historien Bernd Florath. Bars en province, clubs de jeunesse ou appartements privés, les lieux des concerts – tout comme les noms des groupes – changeaient en permanence pour ne pas être repérés. “Si vous ne vous y connaissiez pas à Berlin-Est, les rues semblaient désertes le soir, les bars fermaient à minuit. Beaucoup de soirées étaient privées, et jusqu‘à 150 personnes s‘entassaient parfois dans un deux-pièces”, se rappelle Bernd Florath.

Parmi les adresses secrètes pour voir un bon concert à Berlin-Est, les églises : dans les années 1970, certaines ont introduit les “messes blues”, un mélange de religion et de musiques interdites, pour aider les jeunes en rupture avec le système. À partir de 1980, les punks ont compris que les églises étaient des sanctuaires de liberté en RDA. “Les punks étaient très bons : s’il leur arrivait quelque chose, ils allaient directement à l’église pour faire un protocole de mémoire”, raconte Lutz Baumann. Il travaille aujourd’hui comme guide conférencier, en sa qualité de témoin historique, au Musée de la Résistance de la jeunesse, situé dans les locaux d’une de ces anciennes églises rebelles, l’église de Galilée dans le quartier de Friedrichshain. “Les punks n’essayaient pas de trouver un lieu officiel, ils jouaient dans des ruines squattées ou dans des églises, hors de tout contrôle,” explique Bernd Florath. Avec leur style provocant, ils étaient généralement refoulés à l’entrée des établissements officiels. Ils se réunissaient dans des squats des quartiers de Prenzlauer Berg et Friedrichshain, ou se retrouvaient au parc d’attraction de Berlin-Est, le Kulturpark Plänterwald.

Les immeubles occupés ont été peu à peu récupérés par leurs propriétaires, rénovés et loués aux nouveaux habitants de ces quartiers bobos à l’est de Berlin. Le parc d’attraction n’a pas survécu longtemps à la Réunification. Rouvert sous le nom de Spreepark dans les années 1990, les investissements trop importants et la baisse du nombre de visiteurs, de 1,5 millions par an à quelques 400 000, causèrent l’endettement des nouveaux propriétaires, puis finalement leur faillite en 2001. Laissés depuis à l’abandon, les manèges ont été envahis par les herbes folles, avant de subir un incendie l’été dernier. Aujourd’hui, la grande roue à l’arrêt du Spreepark attire encore les curieux de passage et continue, malgré tout, de tourner dans les souvenirs de ceux qui l’ont connue au temps de sa grande époque, dans un Berlin-Est disparu.

TEXTE : MARLENE GOETZ

Source : ParisBerlin

Article original : Le Berlin trendy du Mauerfall

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