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Tanzverbot : Pourquoi certains jours fériés interdisent de danser en Allemagne

Vous habitez Munich ou Stuttgart ? Vous aviez chaussé vos souliers vernis vendredi dernier et on vous a fait comprendre qu’ils auraient mieux fait de rester dans la penderie. On ne vous a pas menti, l’interdiction de danser certains jours fériés est dans certains Länder protégée par la loi.

Un peu d’histoire

Qui l’eût cru ? La danse n’a pas toujours fait que des adeptes. De l’indécence à l’œuvre du diable…

Partie inhérente de l’éducation éthique et esthétique chez les Grecs qui l’enseignaient à leurs soldats, on se gardait bien de l’apprendre aux jeunes filles à Rome, où elle ne semblait pas convenir à la gravité des mœurs : “Il n’y a presque personne qui ne se permet de danser tant qu’il est jeune”, disait Cicéron.

Associée à la vie corrompue de Rome et de ses sujets, l’église, limitant l’usage de la danse aux cérémonies religieuse , condamna son usage social et au Moyen Age, elle fut interdite par certains consuls et évêques catholiques. Plus tard ce furent au tour des danses comme le tango ou le rock d’être condamnées : la proximité des partenaires était considérée comme immorale. Aujourd’hui encore, c’est bien les critères de la convenance et du respect des mœurs qu’invoquent les textes de lois bavarois.

Une interdiction protégée par la constitution et les tribunaux

Protection par la loi : Une tendance nationale…

De manière générale, la loi fondamentale avec son article 140 “le dimanche et les jours fériés sont reconnus par l’Etat comme jours de chômage et d’élévation spirituelle” invite les Allemands à rester au calme les jours fériés.

Mais certains Länder vont plus loin et interdisent les manifestations culturelles ou sociales dont le caractère trop festif viendrait trahir le sérieux de l’événement commémoré. Ainsi l’article 3 paragraphe 2 de la loi bavaroise sur les jours fériés précise que “les manifestations publiques à caractère festifs ou distractifs les jours de repos (stille Tage) ne sont autorisés que dans la mesure où ils n’entravent pas leur caractère sérieux”.

Les jours considérés comme stille Tage en Bavière

  • La Toussaint – Allerheiligen, le 1er novembre (catholique)
  • Buss und Bettag – Dernier mercredi avant l’avent (évangélique)
  • Dimanche des morts – Totensonntag (évangélique)
  • La Nuit Sainte – Heiligabend, le 24 décembre
  • Mercredi des cendres – Aschermittwoch, début du jeûne de 40 jours avant Pâques
  • Gründonnerstag – Jeudi de la semaine sainte
  • Vendredi Saint – Karfreitag
  • Samedi de la semaine sainte – Karsamstag

Le nombre de “stille Tage” varie d’un Land à l’autre et la loi est plus ou moins suivie ou interprétée selon le degré de conservatisme des Länder. En Bavière et en Bade- Wurtemberg, où les traditions sont encore fidèlement respectées, le “Tanzverbot” se traduit par une annulation de certains concerts, de manifestations sportives et une fermeture des discothèques les soirs concernés.

Pour les établissements qui ouvrent quand même leurs portes, il est de mise de diminuer le prix de la consommation, d’informer les clients à l’entrée et de diffuser une musique plus calme invitant davantage à la conversation qu’à une danse effrénée. Aux visiteurs les plus réticents, on rappelle calmement que l’interdiction de danser est de rigueur et est protégée par la loi.

Une loi que les instances juridiques veillent à faire respecter

La loi sur les jours fériés peut comme toute loi être appliquée avec une flexibilité plus ou moins grande. Deux affaires ces dernières années ont toutefois montré que les tribunaux n’étaient pas prêts à relâcher la pression les jours fériés. En 2004, une pétition demandant une révision du “Tanzverbot” a été refusée en Bade-Wurtemberg alors qu’un an plus tôt (en 2003), la plainte d’une avocate et gérante de discothèque, Suzanne Müller, réclamant le droit à l’ouverture de son établissement les Vendredis Saints, avait été rejetée par le tribunal de Bavière.

Défense des intérêts financiers des discothèques ou réaction à un conservatisme qui ne correspond plus à l’air du temps, les contestations sont de plus en plus nombreuses.

La question de la culture dominante

Comment peut-on accepter une telle influence de la religion sur notre vie privée ? La question revient en boucle sur les forums de discussion allemands, notamment chez les jeunes internautes.

En Allemagne, la loi Fondamentale oblige l’Etat à la neutralité religieuse. C’est à dire qu’elle empêche l’introduction d’une religion d’Etat ou d’une Eglise d’Etat et interdit de privilégier une confession. Cependant, l’Allemagne, Etat séculier, entretient un tout autre rapport que la France avec la religion. Les relations Eglise/Etat s’inscrivent en effet davantage sous le signe de la coopération, l’Etat participant au financement des communautés religieuses par le biais de subventions directes et d’un impôt cultuel, prélevé aux citoyens baptisés qui n’auraient pas abjuré.

De plus, l’article 7 de la loi fondamentale fait de la religion une matière obligatoire dans les écoles publiques, même si les enfants ne sont pas forcés d’y participer. Cependant la coopération Eglises/Etat est plus discrète dans certains Länder que dans d’autres comme Brême, Hesse et surtout dans les nouveaux Länder. Elle fait donc de plus en plus polémique là où elle est la plus forte comme en Bade-Wurtemberg, en Rhénanie-Palatinat ou encore en Bavière, où ‘l’affaire des Crucifix’ en 2005 a relancé le débat de la légitimité d’une culture dominante.

L’influence de la tradition catholique sur la vie publique dans certains Länder allemands est donc régulièrement contestée tout en étant encore bien réelle et tolérée par une majorité de la population. Il semble qu’on aura beau tirer la chevillette, la bobinette des discothèques et de certaines salles de spectacle ne cherrera pas encore l’an prochain. Les plus réfractaires pourront toujours se consoler avec nos voisins anglais et irlandais, qui connaissent la même interdiction certains soirs de jours fériés.

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