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Touche pas à mon Kiez : l'importance de ces quartiers berlinois

Les Berlinois sont très attachés à leur quartier, leur Kiez. Il fait partie intégrante de leur identité, qu’ils soient natifs ou nouveaux venus. Explication d’un phénomène typiquement berlinois.

“Ich bin aus Kreuzberg du Muschi” (je viens de Kreuzberg, pétasse). Une réplique tirée du film Prinzes- sinnenbad sur le quotidien d’adolescentes du quartier de Kreuzberg, à Berlin. Ici, la jeune fille se sent insultée qu’on puisse imaginer qu’elle vienne d’un autre quartier. Or, cette fiction révèle une réalité bien tangible: les Berlinois revendiquent volontiers leur appartenance à un district. Il n’est pas rare de les voir porter des t-shirts ou des badges qui affichent au grand jour cette part de leur identité.

Bien plus qu’à un simple district administratif, c’est souvent au “Kiez” que les habitants de la capitale allemande sont attachés. Ce mot, qui n’existe qu’en Allemagne du Nord, désigne dans une grande ville une petite zone d’habitat où l’on trouve commerces et cafés. “C’est comme un village”, explique Dieter alors qu’il prend un verre à sa fête de quartier. “Dans mon Kiez, à Schöneberg, je connais beaucoup de gens. J’y ai le sentiment d’être à ma place.” Originaire de Hambourg, son Kiez est devenu sa “Heimat”, son chez- lui.

Un refuge de l’anonymat

Selon l’historien Thomas Mergel, les Kiez seraient apparus dans la capitale au début du XXe siècle. “Entre 1880 et 1910, 11 millions de personnes sont arrivées à Berlin et 10 millions en sont reparties. Dans cette situation de grande mobilité, le Kiez s’est constitué comme un lieu qui offre un refuge dans cette grande ville ressentie par beaucoup comme anonyme.”

Depuis, la situation n’a pas beaucoup changé. “Un Berlinois sur quatre n’est pas né ici, et un sur six déménage chaque année”, explique Mergel. Le besoin de se trouver un point d’attache dans ce mouvement incessant est donc toujours là. D’autant que le Kiez offre une identité. “Berlin est une ville tellement grande qu’elle ne peut être appréhendée dans son ensemble. Et beaucoup de gens la voient comme une masse amorphe. Dire qu’on vient d’un Kiez permet de se différencier, de se placer dans une certaine catégorie sociale.”

Culture orale

Mais comment un quartier peut-il conserver une identité si sa population bouge en permanence? Selon Mergel, chaque Kiez a sa propre représentation de lui-même, qui se transmet d’habitant en habitant: “C’est une culture orale qui livre aux gens une histoire qui fait qu’ils peuvent être fiers de vivre ici, même si cela ne fait pas longtemps qu’ils sont arrivés.” Et ils sont tellement fiers de leur Kiez qu’ils le défendent bec et ongles. L’initiative d’habitants: “À qui appartient Kreuzberg?” a été créée pour résister à l’ennemi numéro 1 du quartier: les investisseurs. En rachetant des appartements à tour de bras, ils font flamber les prix de l’immobilier et sont accusés de chasser les “vrais ha- bitants” de leur quartier. D’autres pestent contre les touristes ou encore les “Zugezogene”, ces derniers arrivants de province ou de l’étranger. De quoi alimenter les spéculations de la presse sur un nouveau racisme typiquement berlinois.

TEXTE : DEBORAH BERLIOZ

Source : ParisBerlin

Article original : Touche pas à mon Kiez!

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