Artemis : Le business du plaisir

Des affiches sur les bus de Berlin vantant les qualités du “plus grand bordel d’Europe” : une telle campagne publicitaire eût été inimaginable en France. Artemis est l’un des nombreux Eros Center qui prospèrent en Allemagne.
Une zone industrielle, sombre et tristounette, à l’ouest de Berlin. L’endroit incite peu à l’érotisme. À peine le seuil franchi, l’œil du client s’illumine en voyant des filles à la démarche chaloupée et aux œillades coquines, mais pas question de se laisser aller. Au bureau d’accueil, une voix ferme le ramène à la réalité. “C’est 80 euros l’entrée et 60 euros la demi-heure avec la fille.” Un vieil habitué bénéficie du tarif à moitié prix. La productivité est de mise avec une organisation très sophistiquée, proche de l’enrégimentement qui contraste avec l’ambiance de décadence. Une fois attribué le bracelet avec une clé numérotée, direction le vestiaire. Il n’y a plus de distinctions de statut social, tout le monde est à la même enseigne pour se consacrer à une cause commune : la recherche du plaisir. Après le passage par la douche commence enfin le moment tant attendu.
Dans un décor baroque, sur des banquettes en velours rouge se prélassent des beautés vêtues de shorts, minijupes ou robes aux ouvertures suggestives. La plupart d’entre elles exhibent leurs seins rutilants, mi-sages mi-diablotines. Il règne une ambiance bon enfant, sans agressivité ni racolage. Certaines minaudent, d’autres engagent des discussions surprenantes. Un homme d’affaires s’amuse en apprenant à une jeune Turque qu’Artemis était une déesse de la mythologie grecque qui a promis de rester vierge et chaste. Ces “travailleuses du sexe” savent que c’est dans ce laps de temps que se noue une relation synonyme de micheton. Il y en a pour tous les goûts : grandes blondes filiformes des pays de l’Est, botticelliennes, petites brunes callipyges, femmes enfants, femmes d’âge mûr… Vanina, une jeune Ukrainienne, se réjouit de gagner beaucoup plus que ce que pourrait lui faire miroiter son diplôme de commerce international. “Et, en plus, les horaires sont souples, on peut venir quand on veut dès lors qu’on fait les heures.” Elle se contente de préciser qu’un bon pourcentage lui est octroyé par la direction. 30, 50 % ? On n’en saura pas plus.
Elle coupe court à la discussion en louant la “liberté de mœurs à l’allemande”. Un homme de petite taille assume probablement son fantasme en s’affichant avec une fille immense, au physique de basketteuse. Le touriste italien aux yeux concupiscents ne sait plus … à quels seins se vouer. La rigueur germanique reprend ses droits. Tout est fait pour éviter le moindre dérapage. Les commandes d’alcool sont limitées à trois. Au bar, une serveuse incite les hommes à aller faire un tour à l’étage. “Si vous voulez vous détendre et vous occuper de vous.” En empruntant un escalier digne d’un opéra, on se retrouve à l’étage entièrement dédié au “wellness” où il est possible d’utiliser toutes les installations aussi longtemps que possible. Piscine, cabines de sauna, jacuzzi, salle de sport permettent de se remettre en forme et de retrouver son corps.
Après avoir obtenu un oui à la pudique question “Möchtest du Gesellschaft ?”, les filles amènent leurs clients dans des chambres décorées façon lupanar de la Rome antique. Lit de couleur rouge, colonnes, statuettes anciennes, coussins en soie : le raffinement est poussé à l’extrême pour offrir un “moment inoubliable” comme le promet le site d’Artemis. Officiellement, les “employées” ne peuvent accepter une invitation d’un client. Ce qui n’empêche pas une certaine forme de complicité sur l’oreiller. “Il y a le plaisir bien sûr, mais il y a aussi l’échange et, souvent, mes clients veulent rêver un peu à une romance et ont envie de voir une jolie fille à leurs côtés, ça leur suffit”, commente Vanina.
TEXTE : GILLES TRICHARDSource : www.parisberlin.fr

